Le cadre. Port Haliguen au mois d'août. Une caravane dans le camping Park er Lan à St Pierre de Quiberon. Le Tipota sur le parking de la cale des zodiacs et autres scooters des mers, depuis que l'Ecole de Voile est saturée. M, mon amie adore la mer, mais n'aime pas trop la voile, préférant un bon livre sur la plage, la baignade, la marche, les boutiques. Ce qui fait que , assez souvent, je me trouve seul à gréer le bateau et à le mettre à l'eau. Comme le bateau n'est pas lourd, c'est faisable. (Voilà, Yves et Noël : pourquoi le Virusplus devrait logiquement avoir un bel avenir, au fur et à mesure que les jeunes propriétaires et capitaines deviennent des vieux loups de mer pleins de problèmes de dos et d'arthrite).
C'était je crois, l'année 2002 et en ce début d'août c'est le calme plat, le pot au noir sur la baie de Quiberon. Avoir attendu quatre mois pour mes deux semaines de voile et de joyeuse navigation, rêvant des traversées intrépides jusqu'à la Trinité sur Mer, des découvertes solitaires à la Moitéssier du nouveau monde l'autre côté de la baie, puis, rien, pas un brin de vent, pas une brise légère, rien. Un jour, deux jours, le troisième jour je me lève alors qu'au camping tout le monde dort encore et j'arrive à faire une heure de voile avec la brise thermique, née comme on nous l'explique, du contraste entre l'inertie thermale relative de la mer par rapport à la terre.
Puis pour le reste de la semaine , même chose. Un jour je commencais à rentrer un peu tard (autour de 9 heures du matin) vers la cale, quand la brise est tombée: pas glorieux de rentrer au moteur, mais as-tu déjà essayé de faire avancer un Virusplus à la godille?
Toute une semaine à poireauter d'impatience et l'anticyclone des Acores est toujours là. La deuxième semaine commence pareillement jusqu'à mardi soir, puis la météo annonce du vent pour le lendemain. Comme d'habitude nous nous couchons tôt dans la chaleur du camping et comme d'habitude je me lève le lendemain tôt pour aller habiller le Tipota, faire le check-list puis descendre le bateau jusqu'à l'eau avec la voiture, seul. Tiens, aujourd'hui ça va être un régal, il y a du vent! Les drapeaux de l'école de voile et de l'hôtel tout près claquent sec, les haubans des bateaux sur le parking font leur musique de port de loisirs. Je suis parmi les premiers, il est sept heures et demie du matin.
En bas de la cale il y a des vagues, assez rapprochées, la marée haute commence à descendre. Je soulève le Tipota et commence à le rouler vers l'eau sur le chariot de mise à l'eau, je le mets à l'eau, défais la sangle et pousse le bateau vers le large. Tout va bien et je commence à dégager le chariot de mise à l'eau, quand soudain, une vague soulève le bateau et le fait retomber lourdement sur le chariot. J'entends un bruit mais n'y fais pas attention. La prochaine vague commence à remplir le bateau, la troisième continue l'uvre, et maintenant la baignoire est pleine à ras bord, tellement lourd le Tipota que je ne peux ni le sortir de l'eau, ni le pousser vers le large. Et les vagues qui ne cessent pas de le ramener sur la remorque, une fois, deux, trois fois. C'est un naufrage à la côte, avant même d'avoir mis le bateau à flot! J'appelle à l'aide et des passants viennent m'aider à le dégager de la cale en béton. Je réussis, seul, avec l'aide des vagues, à le hisser un peu sur la plage à côté. Le Tipota est rempli d'eau et moi de tristesse. La seule journée de vent de mes vacances et je suis naufragé comme Robinson.
J'essaie d'écoper, mais il n'y rien à faire, chaque vague qui arrive remplit à nouveau le bateau. Je comprends finalement mon malheur. Une seule chose à faire, attendre que la marée descende, puis écoper .Ce que je fais, au grand amusement des classes de mer qui avaient choisi ce jour pour une sortie. Une heure et demie plus tard j'écope encore et finalement j'arrive à vider le bateau.
Le vent ne faiblit pas, donc deux heures plus tard après un peu de repos, je remonte la voile et amène le Tipota à la mer, cette fois sans la remorque de mise à l'eau. J'attends le bon moment et hop, la grande voile se gonfle et le Tipota s'élance en direction de Carnon plage. Enfin, l'aventure commence!
Je trouve qu'il y a quand même un sacré clapotis, c'est sportif, même pour un Virusplus, et en plus je suis vanné. La sortie ne dure qu'une demi-heure et je ramène le bateau à la cale, demandant aide à des passants pour le hisser sur la remorque et le remonter avec la voiture. C'est alors que je remarque qu'il y a de l'eau qui suinte, non, qui coule franchement de la coque en dessous. Quoi? Un trou? Oui, un trou, non deux trous, non trois trous, non quatre trous, étalés le long du bateau. Mais comment? Ah oui, je me souviens maintenant, le bruit sur la remorque de mise à l'eau. Tout d'un coup je me rends compte que je viens de sortir en mer avec un bateau troué comme une passoire! C'est peut-être donc vrai, le Virusplus est insubmersible.
Un coup de téléphone chez Virus et me voilà en route pour l'hosto des bateaux. En réponse à leurs questions j'explique que non, je n'ai pas touché un récif, ni heurté une baleine et qu'en fait je n'ai même pas eu le temps de mettre le bateau à l'eau. Chapeau à Yves et à l'équipe des Virus. Un service après vente comme on en rêve: en trois jours ils ont réparé le Tipota avec de la choucroute comme ils disent et j'ai pu terminer la semaine avec une ou deux belles balades.
Un conseil aux amis navigateurs: prudence à la mise à l'eau en cas de vent et de vagues, mieux vaut être deux ou trois que tout seul
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O o o o o o O
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